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PRO VITA

OU LE COMBAT D'UN PRETRE ORTHODOXE ROUMAIN POUR LA VIE

Lettre N°10 / été 2005

ProVita2005



Sommaire :

La prochaine Assemblée Générale de l’Association Orthodoxe FRATERNITE FRANCO ROUMAINE aura lieu le vendredi 30 Septembre 2005 à 20h30 au 1 allée Claude Perrault 29 280 La Trinité en Plouzané (siège social de l’association).

Ceci vaut pour convocation aux membres adhérents.

Nous envisageons de réunir l’A.G. de 2006 à Limours (siége de la Métropole Orthodoxe Roumaine) pour faciliter la participation d’un plus grand nombre.



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Cet hiver à Valea Plopului

Jean-Claude Hipeau (Membre du Conseil d’Administration de l’Association Orthodoxe Fraternité Franco-roumaine) se proposant de m’emmener en Roumanie avec son véhicule, j’ai pu de nouveau rendre visite à père Nicole Tanase et me rendre compte de l’évolution de PRO VITA à Valea Screzii et Valea Plopului.

Nous sommes partis ainsi tous les deux en mars 2005, par un hiver rigoureux tout le long de la route (-17° à -20°). L’occasion de découvrir la Roumanie sous la neige, merveilleuse.

Nos avons bien sûr apporté du matériel, le fruit d’une quête faite dans la paroisse « St Pierre et St Paul » de Nancy à cet effet et 10.000 € donné à père Nicolae en votre nom à tous.

Nos avons été très agréablement surpris par les progrès de l’œuvre, par l’ambiance sereine et calme qui règne dans notre village de Valea Sreezi, et par le confort offert aux enfants. Le chauffage au gaz continue sa progression et toutes les maisons qui abritent des jeunes enfants en sont èquipèes. Grâce à l’argent que vous donnez, père Nicolae peut payer des femmes des villages des alentours qui s’occupent des petits. Ainsi dans chaque chambre visitée, nous avons constaté la présence d’une femme qui veille et s’occupe des enfants, les sorts en promenade etc… C’est un élément très important , autant que les constructions. Dans chaque maison est installé une télévision/vidéo et l’on passe des dessins animés aux enfants lorsque le temps ne permet pas d’autres activités.

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Nous avons encore visité la ferme qui s’est modernisée.Les enfants y élèvent vaches, cochons, moutons, poules, oies et même des ânes. S’occuper des animaux, les nourrir, les garder dans les champs, entretenir les locaux, tout ceci donne du travail aux plus grands et apporte de la nourriture á tout le monde.

Et du monde il y en a toujours ! toujours plus. Certains partent, d’autres arrivent, d’autres trouvent là un refuge sans doute définitif à cause de leurs handicaps, comme cette jeune fille qui a vécu pendant 6 ans parmi les chiens avant d’être accueillie par père Nicolae.

Les bois sont toujours exploités. La loi autorise 10% de déboisement. Ce bois est utilisé pour les constructions et éventuellement le chauffage. Père Nicolae a calculé que l’utilisation de cette matière première pour la construction permettait la récupération progressive de l’investissement initial.

La construction des bâtiments avance de façon impressionnante. En 2000 il n’y avait que deux bâtiments dont un seul vraiment opérationnel, qui s’érigeaient parmi une multitude de fondations. Et j’entendais beaucoup de critiques à l’égard de père Nicolae, comme quoi il commençait bien des choses mais n’arrivait pas à les terminer. Mais lui savait ce qu’il faisait, il savait en particulier que la législation roumaine sur la propriété et sur la construction allait devenir plus difficile pour lui.

Il a donc creusé les fondations des bâtiments que son inspiration prophétique lui suggérait et puis, il a attendu patiemment, avec foi et persévérance, que Dieu pourvoit. Des années après on voit le résultat… Et ce n’est pas fini. C’est une vingtaine de maisons qui sont aujourd’hui achevées ou en cours de construction, c’est vraiment un village entier. L’équipe, dont je signalais l’existence dans le Pro Vita n° 9, de clercs qui travaillent avec père Nicolae fonctionne bien et attire d’autre prêtres qui trouvent dans l’action de notre staretz (car père Nicolae est un authentique staretz) le témoignage toujours frais et vivifiant de l’Evangile.

Une action dynamisée par la foi, une foi bien incarnée qui porte du fruit en abondance, qui exprime la compassion de Dieu et apporte consolation.

ProVita2005

Père Nicolae fait école. Je me souviens avoir passé quelques jours chez le père Marian TOCU à GALATI, un proche de père Nicolae. Un soir nous sommes allés chez une femme dont la niéce de 15 ans était enceinte, à terme, et une césarienne était nécessaire. C’est une intervention très coûteuse en Roumanie et cette jeune fille était dans une grande détresse. Père Marian s’est engagé à faire toutes démarches et à payer tous les frais liées à l’accouchement puis a aider la jeune fille, collégienne. Père Marian a cinq enfants dont deux sont adoptés, via Pro Vita.Je me souviens de père Ioan OANCA de MATCA, proche également de père Nicolae, et qui avait un véritable souci pour les pauvres de sa paroisse qu’il visitait, secourait, nourrissait, chez eux, à l’hôpital ou à l’église.

Aujourd’hui, père Nicolae, a besoin de notre aide, plus que jamais, car il pense qu’après l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne, il sera sans doute plus difficile d’entreprendre la construction de bâtiments de la façon dont il l’a fait jusqu’à présent.

Il lui importe donc d’achever les constructions avant 2007. Il aura ensuite d’autres chantiers, comme l’encadrement des enfants, peut-être la formation des permanents, etc.…

Que Dieu nous aide … à aider !
 Père Philippe

« La charité ! C’est elle qui préserve nos vies, mère du pauvre, conseillère du riche, nourrice du tout-petit, servante du vieillard, trésor de l’indigent, havre universel du malheur, qui défend et console tous les âges et toutes les tristesses ! »

Saint Grégoire de Nysse, IVe siècle, « De l’amour des pauvres ».


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QUELQUES INITIATIVES


- L’association « Le Biau Germe » nous a fait don de graines légumières biologiques

- Une association canadienne se propose de nous aider en finançant au projet pour le village des enfants à Valea Screzii comme l’aménagement de la riviére ou le forage d’un puit.

- Nous avons été également aidé par une association normande d’insertion professionnelle « ACTIF InsertIO N » qui s’est rendu en Roumanie et a fait un passage chez père Nicolae à qui elle a remis des vêtements et médicaments pour les enfants. Voici le témoignage de notre correspondante :

« Je me suis rendue en Roumanie la semaine précédente dans le cadre d’un voyage d’études avec mon entreprise Actif-insertion de Fécamp en Normandie . J’ai déposé des vâtements, des médicaments et quelques sucreries pour les enfants. J’ai trouvé l’orphelinat tràs bien tenu, les enfants en bonne forme et la directrice charmante (…) ».


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Un minibus pour PRO-VITA

Une association bordelaise « Association Petite Enfance, Enfance et Famille » a eu la générosité de proposer à l’association orthodoxe Fraternité Franco Roumanie un bus de 18 places, par l’intermédiaire du prâtre orthodoxe Paul GANEM du centre Sainte Croix (Monestier près de Sainte-Foy-la-Grande en Dordogne).

Père Paul a mené ce bus à Valea Plopului, accompagné d’un second bus et onze personnes, apportant 500 kg de linge (draps, serviettes, éponges etc.) pour Pro Vita.

Parti le 18 juillet, le convoi est arrivé le 20 au soir à Valea Plopului avant de se disperser le dimanche suivant, certains rentrant en France, d’autres restant en Roumanie, soit en vacances, soit en pèlerinage.

Ce bus est mis À la disposition de Pro Vita par l’Association Orthodoxe Fraternitè Franco Roumanie. En effet ce bus n’ètant pas de norme Euro 3, nous ne pouvons pas en faire donation à nos amis roumains.

Père Paul nous fera un petit compte rendu de son périple qui paraîtra dans le prochain numéro de « Pro Vita ».



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La Mère de Dieu

L’Association Orthodoxe FRATERNITE FRANCO-ROUMAINE

(Présentation écrite pour le Feuillet Saint- Jean- Cassien, bulletin de la Métropole Orthodoxe Roumaine)

L'Association Orthodoxe FRATERNITE FRANCO-ROUMAINE a été fondée le 25 juillet 2000, fête de la Dormition de Sainte Anne, par son Eminence l’Archevêque et Métropolite JOSEPH et les frères et sœurs de la Fraternité Orthodoxe Saint Martin le Miséricordieux, lors d’une rencontre au monastère Notre-Dame-de-Toute-Protection à Bussy-en-Othe (150km de Paris en Bourgogne).

Nous revenions de Roumanie, plus particuliérement de VALEA PLOPULUI, petit village de VALACHIE, où nous étions allés, mon épouse, moi-même et deux de nos enfants, faire la connaissance du père Nicolae TĂNASE et de son œuvre « PRO VITA, pentru născuţi şi nenăscuţi », en faveur des enfants nés et à naître.

Nous avons été tellement édifiés par cette œuvre si évangélique et par la personne de son fondateur, que nous avons décidé de faire quelque chose pour eux. Difficile en effet de croiser le regard de ces petits enfants et de repartir, de reprendre une vie tranquille en Europe occidentale où rien ne manque, sans rien faire. C’est animés de tels sentiments que nous avons proposé à l’Archevêque JOSEPH la fondation d’une association dont le but principal serait le soutien matériel de père Nicolae et des deux cent enfants pris en charge par « Pro Vita ». Or, surprise, l’archevêque connaissait depuis longtemps père Nicolae, du temps où il n’était pas encore métropolite mais étudiant en théologie à SIBIU, et il désirait lui aussi faire quelque chose pour l’œuvre de Valea Plopului. De ces désirs de « faire quelque chose », l’association est née.

Aider principalement père Nicolae et « ProVita », mais pas exclusivement. Nous avons laissé la porte ouverte à la possibilité d’autres rencontres, c’est ainsi que le statut en date du 15 août 2000 précise le but de l’association : «le soutien matériel et humain de prêtres, paroisses, communautés ou associations engagés dans l’action caritative en Roumanie, ainsi que la promotion de jumelages et échanges franco-roumains ».

Six autres voyages ont suivit depuis, en général en camionnette et remorque chargées de produits : médicaments, matériel scolaire et didactique, vêtements et nécessaires pour bébés etc… parfois accompagnés de jeunes étudiants bretons désireux d’accomplir une action caritative.

L'aide apporté à « PRO VITA » consiste toutefois en l’envoi d’argent collecté en Occident (France, Belgique, Canada), on trouve en effet désormais de tout en Roumanie, mais le problème pour Père Nicolae et pour beaucoup de roumains c’est … de pouvoir acheter. Outre l’aide financière et matérielle, l’association favorise le séjour de français près de père Nicolae, certains y sont restés plusieurs mois, apportant une aide selon leurs compétences et témoignant de notre solidarité, de notre fraternité. Par ailleurs, certains membres de l’A.O.F.F.R. ont su mobiliser les énergies autour d’eux, provoquer l’imagination des jeunes et de moins jeunes pour soutenir « PRO VITA » par des concerts, fabrication et vente d’objets, quêtes, etc… et c’est là une dimension importante de l’existence de notre association : aider matériellement et financièrement bien sûr, mais aussi provoquer la solidarité, mieux la charité fraternelle.

Depuis sa fondation l’A.O.F.F.R. a pu soutenir PRO VITA, outre par le matériel transporté, par le don de 32 000 euros environ et de trois véhicules. Outre le soutien à PRO VITA l’association a aidé plusieurs familles de la région de FAGARAS, soutenue des étudiantes de SIBIU en favorisant leur séjour en France durant l’été, leur faisant parvenir argent et matériel nécessaires à leurs études.

L'Association Orthodoxe Fraternité Franco-Roumaine comptait à la dernière assemblée générale en date de décembre 2003, 100 membres dont une personne morale auxquels s’ajoute 82 donateurs réguliers dont 12 personnes morales. A ce jour, juin 2004, elle a reçu environ 40 000 euros.

L'Association Orthodoxe Fraternité Franco-Roumaine comptait à la dernière assemblée générale en date de décembre 2003, 100 membres dont une personne morale auxquels s’ajoute 82 donateurs réguliers dont 12 personnes morales. A ce jour, juin 2004, elle a reçu environ 40 000 euros.


« PRO VITA »

L'Association a été fondée par le père Nicolae TĂNASE, marié et père de cinq enfants, en 1990 pour répondre à la loi de libéralisation de l’avortement. Le projet était de proposer à la candidate à l’avortement, souvent dans une grande détresse matérielle, de renoncer à cet acte infanticide et de confier l’enfant à l’association. Souvent, des années après, la maman ayant retrouvé une vie sociale plus équilibrée, l’enfant retrouve son foyer, à la joie de tous.

Depuis, l’accueil s’est élargi aux enfants de la rue (certains vivaient dans les égouts de Bucarest avant de trouver refuge chez père Nicolae), aux handicapés qui n’ont plus leur place dans des instituts spécialisés dès l’âge de 18 ans, aux orphelins… En dix ans, c’est 200 enfants que père Nicolae a pris en charge avec son œuvre PRO VITA. Comment ?

En mobilisant tout d’abord ses paroissiens de Valea Plopului, les incitant d’accueillir, même provisoirement, des enfants, puis des paroissiens d’autres villages. Ensuite, en louant ou en achetant des maisons où les mamans peuvent vivre avec leur bébé ou dans l’attente de celui-ci. Enfin, en construisant à Valea Screzii un centre d’accueil, véritable village qui rappelle les basiliades fondées par Saint Basile le Grand, archevêque de Césarée en Cappadoce au IVème siècle. Les moyens ?

Seulement la générosité de bonnes volontés. En effet, PRO VITA ne perçoit aucune aide de l’état, ce qui fait de cet œuvre un très beau témoignage de charité évangélique : père Nicolae attend tout de Dieu et de sa Providence, ce qui n’empêche pas les soucis et les difficultés de toute sorte...


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Une association qui nous soutient :

Le Refuge Sainte Marie l’Egyptienne en Ontario (Canada)


Un soir, il y a longtemps, dans la chapelle de la Mission de St John the Compassionate, je participais au Canon de St. André de Crète. J’ai toujours pensé que cette liturgie était l’une des plus profondes, des plus austères et l’une des plus belles liturgies de la liturgie orientale. Sans mentionner que c’est la plus longue! Au cours de la liturgie, dans les profondeurs du désert du Carême, nous rencontrons, au sein de notre propre vide et désir ardent, le visage de Mary of Egypt. Je l’ai rencontrée, ce soir-là, en la compagnie d’une jeune fille de 17 ans, enceinte de 8 mois et mariée depuis 5 mois. Elle s’est tenue debout tout le long de la cérémonie et elle m’a aidée à rencontrer Marie, cette femme rejetée, pleine de courage et de passion, celle qui a montré au moine prêtre, Zossima, ce que c’était la sainteté, et elle lui a enseigné ce qu’est l’Église.


Ce soir-lè, je pense que ce fut la conception du Refuge de St. Mary of Egypt, une vision qui s’est développée en moi au cours de mes années de travail à la Mission de St John. Souvent, je désirais pouvoir envoyer les gens de St John à un refuge à la campagne, un endroit où règnent beauté, nature, prière, loin du bruit et de la confusion de la ville. Ce serait comme un asile, semblable à cette auberge où le Bon Samaritain a amené son compagnon blessé; un lieu où les affligés pourraient être accueillis et pris soin afin qu’ils puissent, une fois de plus, recevoir l’amour du Christ. Mon expérience dans les maisons Pain de Vie et Pro Vita, en Europe, m’a enseigné que mon rêve pourrait être plus qu’un rêve. Soeur Margaret, en Pologne, m’a dit à ce sujet : « Mais tu dois réaliser ton rêve. » Et le Père Nicolae, en Roumanie, m’a montré que la façon de commencer est d’abord de commencer; son exemple me rappelle constamment que l’impossible n’est plus l’impossible une fois que vous dites Oui.


S’il pouvait faire tant avec si peu; sûrement, moi, au Canada où nous avons beaucoup, je pourrais faire un peu !


Il y a trois ans, avec l’aide des gens de St John, j’ai rallié le soutien de plusieurs personnes, j’ai fondé une corporation à but non lucratif qui est aussi une organisation de charité enregistrée; on m’a donné une bonne somme d’argent comme acompte sur une propriété, et j’ai commencé la recherche d’un emplacement. Mon frère, un homme bien déterminé, et moi, accompagnés de son chien, avons cherché pendant deux années. Après plusieurs tentatives non réussies, beaucoup d’espoir et de découragement, nous avons enfin trouvé et acheté la « bonne» place : 260 hectares de bois et de collines serpentés par une rivière, une maison sur le terrain, routes accessibles à l’année, des villages tout près, de l’espace, la beauté, la paix, la guérison. Juste comme ça devait être! Tout en parcourant le terrain, incrédule devant cette étendue et cette splendeur, j’ai entendu une voix me disant : «Mes rêves sont plus grands que les tiens.»


Depuis le printemps 2004, nous avons travaillé pour faire de cette maison un foyer d’accueil chaleureux. Nous avons commencé à développer des pistes sur la propriété, organiser pour la natation et le canotage, nous avons ramassé des jouets pour les enfants et nous avons établi une vie de prières. Nous avons aménagé une chapelle dans la maison, et nous avons reçu de St John le cadeau d’une icône de la Théotokos. Des femmes et des hommes de St John sont venus nous aider à construire, tout en profitant du site; des enfants se sont amusés dans la rivière, et nous avons commencé à rencontrer les gens de la région. Un groupe de religieuses nous ont donné assez de meubles pour décorer la maison et en faire ainsi un refuge attrayant et chaleureux. Déjà, la vie de St Mary of Egypt a pris forme.


Le 7 novembre, nous étions stupéfiés d’apprendre que la maison du Refuge avait été incendiée et que tout était détruit. Le terrain est aussi beau qu’avant; et cette vie déjà commencée portera fruit. Nous devons rebâtir, et nous rebâtirons exactement le genre de maison dont le Refuge a besoin. L’icône de la Théotokos a été épargnée du feu; elle est prête à prendre sa place dans notre nouvelle chapelle quand le temps sera venu.


Veuillez vous souvenir de notre travail dans vos prières afin que nous puissions construire la maison que le Christ souhaite pour ses enfants qui y trouveront refuge.

Mary MARROCCO


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LES CHERCHEURS DE VIE

Article paru dans la revue roumaine CREDINTA et très aimablement traduit par le R.Père Basile IORGULESCU, recteur de la paroisse orthodoxe St Jean le Précurseur à Strasbourg

Bien que Valea Plopului se situe à seulement 16 km distance de Valenii de Munte, une fois arrivé ici on a l’impression de se trouver au bout du monde. Ou plutôt au début du monde. Quelques maisons en construction, des gens travaillant en silence, entourés d‘outils bizarres, une petite église presque terminée, de vieilles machines qui fonctionnent mystérieusement, une ferme d’animaux, un pont a moitié élevé, réservoirs à gaz pour le chauffage et, partout, des adolescents travaillant sous la surveillance de quelques femmes. Ce ne sont pas les chercheurs d’or, bien qu’ils pourraient l’être. Ce ne sont pas des chercheurs de pétrole, bien qu’ils leurs ressemblent. Ce sont seulement des chercheurs de vie. De la vie, dans le sens le plus pur et le plus noble de ce mot. Entre Valea Plopului et Valea Screzii, deux villages des plus pauvres, mais dont les habitants ont le cœur grand comme le soleil, le père Nicolae Tănase forge des destins et élève des enfants. Il en a maintenant 208. Le nombre de ceux qui sont passés chez lui dépasse le millier. On l’appelle "Abraham, père de nombreuses familles". Il fait semblant de ne pas en être conscient. Il connaît son chemin et rien et personne ne peut l’en détourner. C’est le chemin du Christ.

Le Père Nicolae Tănase :
- Né le 30 janvier 1958 dans la commune de Nucsoara (département de Prahova).
- Entre 1973 – 1977, il poursuit les cours du Séminaire théologique orthodoxe Radu-Vodă de Bucarest.
- Septembre 1979 : ordonné prêtre et nommé à Valea Plopului (département de Prahova)
- Entre 1979 – 1983 il poursuit les cours de la Faculté de Théologie Orthodoxe de Bucarest.

Etes-vous originaire d’ici, de la région ?
Oui, de Nucşoara.

Comment votre histoire a-t-elle commencé ?
Dans deux étapes : une pendant la période communiste, lorsque j’ai construit l’église avec l’aide des gens du village, et l’autre après la Révolution, après 1989, lorsque, avec Ioan Alexandru ( note du traducteur : poète roumain de forte inspiration chrétienne. Décédé récemment.), nous avons essayé de sauver les enfants de la perte. Nous en avons même pris quelques uns chez nous, et c’est comme cela que l’histoire a commencé. Pendant quatre ans, jusqu’en 1994, nous nous sommes occupés des enfants sans fonder une association et sans avoir un statut officiel. Maintenant, nous nous appelons l’ "Association Pro-Vita pour enfants après naissance et avant naissance".

Combien d’enfants avez-vous ici à présent ?
208 enfants. Dont 58 originaires du village, d’autres dont les mères ont été chassées de la maison par leurs maris, auxquels s’ajoutent les enfant du camp d’été, que vous avez aperçu un peu plus loin.

Quel est l’âge moyen des enfants ?
Deux ne sont pas encore nés, mais ils sont quand même nos enfants, car nous les avons sauvés. Il s’agit de deux jeunes mères qui vont accoucher bientôt. Nous avons également des bébés, des enfants de maternelle, en début de scolarité, en cours de scolarité, au lycée.

Vous les récupérez, les élevez ici, leur offrez un cadre de vie à peu près normal. Qu’est-ce qu’ils deviennent une fois arrivés à l’âge adulte ?
Rien de plus et rien de moins que les autres enfants du village. Ils vont se marier, ils auront leurs familles… Nous les aiderons comme des parents, pas comme institution. Tout le problème est là : sommes-nous capables d’aider l’enfant à s’assumer tout seul lorsque nous ne l’aiderons plus ?

Est-ce qu’ils apprennent un métier, à s’adapter, à vivre comme les autres enfants du village ?
Oui. Les parents entraînent d’habitude les enfants dans les activités de leurs fermes, nous essayons d’en faire de même. Nous disposons d’un atelier de menuiserie, sculpture, peinture sous verre, peinture sur bois. Ils apprennent également à s’occuper des animaux : nous avons des vaches, des cochons, des moutons, de la volaille.

Comment les gens ont-ils réagi lorsque vous avez fait venir les premiers enfants ?
Au début, j’ai confié 12 enfants à 8 familles, pendant deux jours. C’était l’hiver. Nous disposions d’une très bonne voiture, bien chauffée. Les enfants venaient tout droit de la maternité, ils étaient tout petits. Lorsque les gens me voyaient comme un Père Noël, ils me demandaient d’où venaient les enfants. Les enfants sont beaux. Il suffisait de leur mettre un enfant dans les bras, ils étaient tout conquis. Ils ne voulaient plus s’en séparer. Les Roumains sont des gens sensibles, ils ont la vocation d’élever des enfants. Le secret est de ne pas leur imposer vos conditions. Il y a eu aussi des cas plus particuliers.

Vous faites allusion à cette femme de 56 ans…
Oui. Filofteia NEDELOIU. "Mère Siţa". Elle a eu un fils, qui est mort à l’âge de 23 ans. Un jour, je lui ai confié un enfant. Ensuite, un autre. A un moment, elle en avait 13. Maintenant, elle s’occupe de 7 enfants. Elle sait en prendre soin. Elle a un sens particulier à créer une ambiance propice et agréable aux enfants.

Comment votre épouse a-t-elle réagi lorsqu’elle a compris à quelle tache vous vouliez vous atteler ?
Elle est habituée aux chocs. Comme toute épouse de prêtre ! Elle m’a énormément aidé. Ma mère, par exemple, a élevé un enfant qui avait 12 jours quant elle l’a reçu. A présent, il est en CP. Elle avait 69 ans lorsqu’elle a accepté l’enfant, maintenant elle en a 76. Elle s’est également occupée d’une fillette pendant quatre mois. Ensuite, d’une petit garçon pendant un an et demi.

Avez-vous des enfants ?
Bien entendu. 5 enfants. Ils ont 22, 21, 20, 15 et 11 ans.

Quels rapports entretiennent-ils avec les enfants d’ici ?
Quant mes enfants étaient plus petits, ils étaient un peu jaloux. C’est vrai, j’étais plus autoritaire avec eux, alors qu’avec les autres j’étais doux. Mais, avec le temps, ils ont compris.

Et l’Eglise ? Quelle est la relation de ces enfants avec l’Eglise, notamment à l’âge mur ?
Ils sont conscients que leur destin est marqué par l’Eglise. Certains, je les ai vus quand ils avaient trois ans, d’autres je les ai vus à l’échographe. Maintenant, ils sont grands. Parmi les filles, 6 sont déjà mariées et elle ont donné naissance à 11 enfants. L’Eglise joue un grand rôle, car elle nous façonne avec le temps. Elle nourrit les petits et façonne les grands. En tout, plus de 1000 enfants sont passés par ici. Quelquefois, des mères sont venues récupérer leur enfant après deux ou après quatre ans. Admettons, l’une ou l’autre était étudiante et elle ne pouvait pas s’occuper de l’enfant. A la fin des études, mariée ou non, elle a ressenti le besoin de reprendre son enfant. Des fois, c’est le mari qui veut l’enfant. Ou bien, ils ne peuvent pas avoir des enfants ensemble et ils sont contents d’élever un enfant qui appartient à la mère. Nous sommes contre l’adoption. Nous l’acceptons uniquement lorsque toutes les possibilités de réintégrer l’enfant au sein de sa famille naturelle sont épuisées. Et nous sommes totalement contre l’adoption internationale. Chaque peuple doit élever ses enfants. Nous sommes certes pauvres, nous sommes comme nous sommes, mais pas au point de vendre nos enfants. Je suis conscient que de telles affirmations peuvent gêner. Mais nous acceptons même de déranger si cela peut éveiller des consciences.


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